Le Logo du site We are Up Le blog de la communauté Up

31 mars 2016

Agir Autrement / Coup de projecteur

Reprendre la main sur ses données personnelles

Donner aux salariés le pouvoir de maîtriser leurs données personnelles est l’ambition de « la « musette numérique ». Entretien avec Amandine Brugière, Directrice de projet de la Fondation Internet Nouvelle Génération (FING), sur ce programme…

Le projet de Compte Personnel d’Activité (CPA) vise à agréger les données personnelles de formation, d’assurance chômage et de pénibilité. En quoi vous projetez-vous beaucoup plus loin avec la « musette numérique » du travailleur ?

 

Le CPA doit intégrer les droits sociaux associés à toutes les formes d’activité. Il ne doit pas concerner que les salariés et les chômeurs mais aussi les travailleurs indépendants. Avec le CPA, il est question d’agréger des données administratives individuelles pour permettre aux personnes de mieux connaître leurs droits et ainsi de mieux les activer. Le concept de la « musette numérique » est en effet plus large, car il intègre aussi toutes les données qu’un employeur collecte sur ses salariés. Permettre à un salarié de reprendre la main sur l’ensemble des données qui le concerne contribuerait à rééquilibrer la relation avec l’employeur. Les données relatives à la santé pourraient aussi alimenter la musette, autant que celles qu’un travailleur disperse à l’externe sur les réseaux sociaux.

 

Voilà qui pose la question de l’interopérabilité des données personnelles ?

Cela sous-entend en effet que les plates-formes sociales et les employeurs acceptent de libérer les données qu’ils recueillent, à l’initiative ou non, des travailleurs. Il en est de même concernant les données de santé. Les scénarios d’usage que nous esquissons sont séduisants, à travers cette idée de rendre le travailleur véritablement propriétaire de ses données, mais rien ne dit que cela débouchera sur une inversion du rapport de force. Nous partons du postulat qu’il y a plus d’intérêt à partager les données, pour ensuite produire de nouveaux services.

donnees personnelles

Quel pourrait être le mode de gouvernance des données personnelles ?

C’est le sujet qui fait peur car cette gouvernance devra être partagée avec les citoyens. Mais c’est pourtant la clef pour créer les conditions d’une agrégation des données personnelles. Il n’y a aujourd’hui aucune loi sur les conditions de réutilisation des données personnelles par des acteurs comme Facebook ou LinkedIn. La transparence est nulle sur ce terrain. Le statut de la donnée personnelle est à forger. Il faut distinguer la donnée qui va être produite par l’individu lui-même de celle produite par un tiers : l’employeur, l’assureur,… Il y a un manque de culture de « la data », notamment parce que l’approche est d’abord technique. À la FING, nous travaillons pour identifier les compétences induites par une culture globale des données personnelles.

Cette inversion du rapport de force se retrouve aussi sur le versant consommateur des individus…

La relation entre le travailleur et son donneur d’ordres évolue, de même que celle du consommateur à l’égard des vendeurs. Le concept de gestion de la relation avec le vendeur émerge aujourd’hui, même si la gestion de la relation avec le client reste encore dominante. La FING travaille sur ce volet au travers du programme « MesInfos » qui porte sur les données liées à la santé et l’environnement.

 

L’enjeu : La culture des données enseignée dès l’école

Il existe une école des données, un projet de l’Open Knowledge Foundation qui ambitionne de « donner plus de pouvoir à la société civile en enseignant les compétences nécessaires pour réutiliser des données sociales et économiques ». Le projet part du constat que la société civile (citoyens, partenaires sociaux, ONG, journalistes, associations,…) pourrait bénéficier grandement des promesses de l’Open data mais qu’elle ne dispose pas ou peu des compétences requises pour comprendre et analyser des données. A quand un enseignement sur les données dès l’école ?