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6 juillet 2016

Agir Autrement / Coup de projecteur

Le TUAC : porte-voix des syndicats auprès de l’OCDE

Press conference

L’ OCDE et les représentants de ses 34 pays membres se réunissaient du 21 au 23 juin, à Cancun, au Mexique, sur le sujet de l’économie numérique. Initiative durant laquelle le groupe Up est intervenu sur les nouveaux modèles de partage de la valeur. Quel est le message porté par le TUAC, le comité de représentation des syndicats de salariés auprès de l’OCDE ?

 

Interview de John Evans, Secrétaire Général du TUAC, la Commission Syndicale Consultative auprès de l’OCDE.

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Le TUAC porte la parole des syndicats de salariés auprès de l’OCDE. Quelle a été votre contribution lors de la dernière rencontre sur l’économie numérique ?

Le droit du travail ne s’applique manifestement pas correctement dans beaucoup des modèles d’affaires de l’économie numérique. Le cas de la société Uber est emblématique. Or, ce n’est pas au droit de s’adapter à l’économie numérique, mais bien l’inverse qu’il nous faut ; sinon ce serait un retour en arrière. C’est le message que nous portons à l’OCDE mais également au G20 où nous sommes aussi le porte-voix des syndicats. Il faut permettre aux travailleurs qui aujourd’hui sont traités comme « indépendants » de s’organiser pour accéder au statut de salarié, qu’ils méritent ! Ne pas prendre en compte les conséquences sociales de ce morcellement du travail est une source d’aggravation de la précarité et des inégalités.

La précarité et les inégalités sont des sujets que vous portez plus particulièrement depuis la crise de 2008, sont-ils entendus par l’OCDE ?

La lutte contre le chômage de masse se fait au prix d’une augmentation de la précarité. Cela se traduit, sous l’effet conjugué des politiques d’austérité et de réformes « structurelles » qui poussent à toujours plus de flexibilité du travail, par une demande interne insuffisante et une croissance trop faible. Il y a globalement une explosion des inégalités, non seulement entre les pays mais au sein même de ces derniers. La reconnaissance par l’OCDE de cette augmentation des inégalités, de l’injustice sociale mais aussi de l’inefficacité économique qu’elle génère, a été une priorité syndicale ces dernières années. Reconnaître est une chose, maintenant il faut agir !

La « transition juste » est un concept que vous portez. Que recouvre-t-il ?

A l’origine, il s’applique au changement climatique, c’est-à-dire à la nécessité de ne pas faire porter sur le dos du salarié, le coût d’une transition vers une économie à bas carbone. Mais cela s’applique aussi au développement de l’économie numérique, qui est facteur de création mais aussi de destruction d’emplois dans de nombreux secteurs L’accès à la formation professionnelle est un point clef de ces transitions qui sont aujourd’hui à l’œuvre.

Dans ce contexte de transition, constatez-vous une inclinaison des gouvernements à moins négocier ?

On retrouve un peu partout dans les pays de l’OCDE – et dans des pays aussi différents que le Royaume-Uni, la Finlande et la Corée du Sud – cette volonté des gouvernants de vouloir « passer en force », au nom des réformes « structurelles » qui seraient, dit-on, inévitables. Or, c’est bien évidemment par le dialogue social et la concertation que l’on rétablit la confiance et que l’on pose les fondations d’une croissance durable !

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Quelle articulation entre le TUAC et les syndicats nationaux ?

Si notre principale mission est de porter les positions des syndicats auprès de l’OCDE et du G20, nous alimentons naturellement en retour les 44 confédérations syndicales membres sur ce qui se passe au sein de ces institutions, les débats qui s’y tiennent, et comment les enjeux émergents y sont appréhendés.

La capacité d’influence de l’OCDE n’est pas très visible, à quoi sert donc concrètement cette institution ?

L’OCDE a peut-être moins de visibilité que les autres organisations internationales, FMI en tête. L’OCDE intervient très en amont des décisions politiques. Ses rapports et les recommandations qui en découlent sont moins médiatisés mais ils ont une influence certaine. Ainsi, l’OCDE, par l’intermédiaire de ses principes directeurs à l’intention des entreprises multinationales, joue un rôle important dans le débat sur la responsabilité sociale de l’entreprise au niveau international. Le TUAC a un rôle d’alerte Ainsi, depuis 2000, les syndicats de salariés ont déclenché plus d’une centaine d’alertes relatives à des écarts par rapport aux principes directeurs censés s’appliquer.

Pour en savoir plus : www.tuac.org

 

Crédit photo: TUAC, John Evans