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22 décembre 2015

Coup de projecteur

Le groupe Up au Forum International des dirigeants de l’ESS

Le 28 septembre dernier, de 16 à 18h, à New-York, se tenait le Forum International des Dirigeants de l’Économie Sociale et Solidaire (ESS), lors de l’Assemblée Générale des Nations Unies. Le groupe Up, à travers les Rencontres du Mont-Blanc, faisait partie de l’organisation de ce grand rendez-vous.
Jean-Philippe Poulnot, Vice-Président des Rencontres du Mont-Blanc et Responsable Partenariats Politiques au groupe Up, nous en dit plus sur cet événement.

Forum International des Dirigeants de l’Économie Sociale et Solidaire

Inès El Amri : Pour que nous y voyions plus clair, pouvez-vous commencer par nous expliquer quel est le rôle du groupe Up au sein des Rencontres du Mont-Blanc ?

Jean-Philippe Poulnot : Le groupe Up, dès l’origine, donc depuis 10 ans, s’est fortement investi dans les Rencontres du Mont-Blanc.
C’est un rendez-vous dédié aux dirigeants de l’économie sociale et solidaire du monde entier. L’idée est de faire en sorte que les patrons d’entreprises de l’ESS puissent échanger entre eux, confronter leurs bonnes pratiques, travailler ensemble le cas échéant, et se nourrir intellectuellement de l’actualité mondiale de l’ESS. Le groupe Up est à la fois l’un des fondateurs historiques de ces rencontres du Mont-Blanc, puisqu’il était parmi les premiers à soutenir la démarche, et fait partie des instances de décision à travers la fonction de vice-président que j’occupe actuellement.

I.E. : D’où vous est venue l’idée du Leading Group (groupe pilote), qui était présent à l’Assemblée Générale des Nations Unies ?

JP.P. : Il y a 4 ans, nous nous sommes demandés pourquoi l’ESS, en tant que telle, n’était pas reconnue par l’ONU. Lorsque nous avons discuté avec les différentes agences onusiennes, elles nous ont répondu que l’économie sociale étant partout (aussi bien dans l’agriculture que dans l’eau, que dans l’industrie etc.), ils ne voyaient pas la nécessité de créer un groupe d’économie sociale spécifique reconnu par l’ONU, au motif que l’ESS était partout. Or, quand on est partout, on finit par être nulle part !
C’est pourquoi nous nous sommes battus pendant 3 ans pour faire émerger ce  Leading Group de l’ESS auprès de l’ONU. 

I.E. : Pouvez-vous nous en dire plus sur la fonction de ce Leading Group ?

JP.P. : Notre Leading Group est composé de chefs d’État, de ministres et également de grandes structures internationales, telles que les différentes agences de l’ONU et de l’OCDE, et nous espérons de la Commission européenne (qui semble vouloir nous rejoindre prochainement). Sont aussi présentes au sein de ce groupe les grandes familles de l’économie sociale telles l’Alliance Coopérative Internationale, l’Association Internationale de la Mutualité et le Fond Mondial de Développement des Villes, le Réseau International de Promotion de l’ESS, etc…

Lors de l’assemblée générale de l’ONU à New York, nous étions conviés à mener une réunion de haut niveau de ce Leading Group, afin de lui donner la plus grande visibilité possible. Il faut savoir que la salle de réunion que nous avions au siège de l’ONU n’a jamais pu accueillir l’ensemble des personnes qui s’étaient inscrites : nous avions 270 inscrits pour 114 places !

Ce Leading Group est aujourd’hui présidé par François Hollande, en tant que Président de la République française. Le secrétariat permanent du Leading Group est quant à lui partagé entre l’État français et les Rencontres du Mont-Blanc. Par ailleurs, nous nous appuyons sur ce que l’on appelle la « task force » de l’ONU pour l’économie sociale et solidaire, qui regroupe 19 agences de l’ONU basées à Genève. La rencontre de ce Leading Group a eu une teneur très particulière, puisque beaucoup de représentants de chefs d’État étaient présents, entre autres la Première Dame du Costa Rica, le ministre des affaires étrangères du Maroc, des représentants du Cameroun, du Sénégal et de la Colombie.  Cette rencontre de haut niveau a duré plus de deux heures et a été entièrement filmée par l’ONU. Le film est d’ailleurs disponible sur la web TV de l’ONU. La rencontre s’est terminée par la signature d’une déclaration commune de ce groupe pilote international de l’économie sociale et solidaire.

Forum International des Dirigeants de l’Économie Sociale et Solidaire

I.E. : Que dit cette déclaration commune ?

JP.P. : Elle a été signée par les chefs d’État et l’ensemble des acteurs. Cette déclaration précise que les États membres du Leading Group  s’engagent d’une part, à mettre en place des cadres juridiques et politiques propices au développement de l’économie sociale et solidaire dans leur pays et d’autre part, ils s’engagent à trouver des financements pour soutenir l’ESS et à créer des partenariats publics ESS durables dans l’optique d’investir les bénéfices dans l’objectif social et environnemental, puisque cette assemblée générale de l’ONU était placée sous le signe des ODD (Objectifs de Développement Durable).

Ils se sont également engagés à demander à leurs instituts nationaux de statistiques de produire des études sur l’économie sociale et solidaire et à intégrer dans les programmes de formation des éducations nationales un chapitre sur l’ESS. Pour finir,  la question de la mise en place de nouveaux indicateurs de richesse a été abordée, dans le but de mieux cerner ce qu’est l’économie sociale et solidaire, pas uniquement avec un prisme valable pour les entreprises traditionnelles, mais en tenant compte aussi de la partie sociale et sociétale, en établissant un rapport annuel de l’économie sociale dans le monde.»

I.E. : Dans quelle mesure l’ESS peut-elle être au service du développement durable ?

JP.P. : Tout d’abord, elle est au service de l’emploi durable ! Ensuite, par ses pratiques sociétales, elle est beaucoup plus favorable au développement durable que nombre de structures traditionnelles, en particulier grâce aux partenariats publics et ESS, nous pouvons être à même de trouver des solutions qui vont dans le sens des objectifs du millénaire.

Que ce soit sur le champ des services ou des produits qui sont proposés par l’économie sociale et solidaire, par l’intermédiaire de coopérations interstructurelles, on peut imaginer l’émergence de nouvelles manières d’aborder l’activité économique. D’ailleurs, je citerais volontiers un exemple, la SCIC Enercoop, qui distribue de l’énergie verte en France. Je crois beaucoup au modèle de la SCIC et je pense que l’on pourrait faire la même chose, pourquoi pas pour les cantines scolaires, la gestion de l’eau dans les villes, la gestion des cultures, en occultant ou en diminuant fortement la partie spéculative et en mettant en évidence tous les apports sociétaux proposés à tous les niveaux. 

I.E. : Pourquoi les États sont-ils intéressés par l’ESS ?

JP.P. : Concrètement, ce qui fait que les états sont intéressés par l’ESS, c’est d’abord l’effet crise, et bien au delà, les apports constatés par l’ESS dans leurs pays.. Par exemple; ils se sont bien rendu compte que, pendant la crise, les entreprises de l’ESS étaient beaucoup plus résilientes que les entreprises traditionnelles, beaucoup moins destructrices d’emploi voir souvent créatrices d’emploi, beaucoup moins destructrices de richesse mais plus créatrices de richesses additionnelles. C’est la raison pour laquelle nombre d’états considèrent que la voie des coopératives, des mutuelles, des associations, et des organisations qui se revendiquent de l’ESS est propice à la fois à une réduction des inégalités dans le monde, en particulier les questions de faim dans le monde et bien entendu du développement durable,. Parce que l’on y retrouve des formes de développement de proximité, parce que l’ESS est en train de se saisir de toutes les problématiques des nouvelles technologies et des nouveaux modèles économiques.

Notre objectif, pour ce qui est des nouvelles formes d’économie (économie du partage, économie circulaire, entrepreneurs sociaux, communs), c’est aussi de les convaincre qu’ils ont intérêt à adopter une gouvernance démocratique avec l’ensemble des acteurs de leurs écosystèmes au même titre que ce que nous avons dans nos coopératives.

I.E. : Et le groupe Up dans tout ça ?

JP.P. : Et bien, ce Leading Group, comme les Rencontres du Mont-Blanc, nous permettent de continuer à développer nos contacts à très haut niveau. Ils seront autant de portes d’accès pour l’avenir, dans le cadre du développement du groupe Up à l’international, notamment. 

Selon la commission européenne et la  Conférence des Nations unies sur le Commerce et le Développement (CNUCED), qui voudrait prendre en charge ce rapport sur l’économie sociale), le groupe Up serait une parfaite illustration de ce que représente aujourd’hui une entreprise d’économie sociale dynamique au niveau mondial. Cela va tout à fait dans le sens de notre ambition de devenir l’ambassadeur emblématique de l’ESS dans le monde.

Nous avons été félicités par l’Élysée pour la qualité de l’événement. Nous avons également été félicités par l’ONU et par l’Union Européenne, ce qui a fait de notre « High Level Side Event » un événement de premier plan dans le concert onusien new-yorkais et au reste, nous avons eu par la suite des discussions avec la représentation permanente de l’Union Européenne à New-York, qui est prête à nous aider à mettre en place des événements aux États-Unis.

Par Thierry Joli

Responsable Communication Digitale groupe Up