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26 avril 2016

Agir Autrement / Coup de projecteur

Interview Michel Bauwens : fondateur de la Fondation P2P

Michel Bauwens

Fondateur de la Fondation P2P, Michel Bauwens porte l’idée d’une création commune en mode pair-à-pair sur des plateformes coopératives.

 

Qu’est-ce-qu’une plate-forme « extractive » ?

Les firmes extractives exploitent les ressources des membres. Elles captent leur coopération sans véritable juste retour pour ces derniers. La connaissance générée par les échanges sur ces plates-formes est une ressource illimitée. Les nouvelles entreprises du web s’accommodent de cette abondance pour en capter la valeur. Facebook illustre justement comment ne pas rendre les contenus rares, tout en vivant des échanges de ses utilisateurs. Ces plates-formes extractives devraient se voir appliquer une taxation plus forte par les puissances publiques car elles privatisent nos données. Les données qu’elles exploitent viennent des interactions de leurs utilisateurs et sont donc en principe un bien commun.

Existe-t-il des alternatives à ce modèle ?

Il faut conditionner l’utilisation des biens communs à une réciprocité plus contraignante. Il est essentiel que le coopérativisme puisse apporter son propre modèle économique. Il existe des centaines d’expériences de coopérativisme de plate-forme où l’on met sur la table la notion de prix juste entre toutes les parties prenantes. Sur le champ de la musique, Resonate entend être une alternative socialement responsable et économiquement pérenne face à des plates-formes comme Spotify ou Deezer. Des chauffeurs décident de s’affranchir d’Uber pour créer des plates-formes locales, dont ils maîtrisent les règles. Aujourd’hui, beaucoup de plates-formes coopératives alternatives sont locales. Cette dimension est essentielle mais insuffisante. Il faut raisonner plus grand avec le modèle d’une gouvernance ouverte et distribuée. Celle-ci ne peut pas être hiérarchique et centralisée.

Les modèles de gouvernance des structures de l’économie sociale et solidaire ne les prédisposent-elles pas à l’adoption de ce coopérativisme de plate-forme ?

Les structures de l’ESS partagent en effet une bonne partie des règles de gouvernance des plates-formes coopératives mais, plus que le statut, je crois davantage aux chartes sociales qui se donnent les moyens de sanctionner les membres qui ne respectent pas les règles. Le statut juridique coopératif peut cacher des pratiques qui le sont moins, ces chartes par contre sont clairement centrées sur une acceptation de certaines valeurs et pratiques prioritaires.

Pour en savoir plus : http://p2pfoundation.net/Michel_Bauwens

P2PFoundation

L’enjeu : Cap sur les plateformes coopératives de l’ESS

L’association Covoiturage-libre.fr, c’est déjà 650 000 trajets effectués. Son modèle économique repose sur celui du don à l’image de l’encyclopédie collaborative Wikipédia. En matière d’alimentation, la plateforme Open Food Network qui orchestre les circuits courts est en passe de s’implanter en France après l’Australie, l’Afrique du sud et la Grande-Bretagne.