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26 avril 2016

Agir Autrement / Innovation sociale

FairCrowdWork Watch : les syndicats à l’ère de la multitude

FairCrowdWork Watch

Qui a dit que le syndicalisme était à ranger au grenier des vieilleries du siècle dernier ? Il se pourrait bien qu’à l’heure du tout numérique et des formes de travail alternatives au salariat, les syndicats soient plus nécessaires que jamais.

 

C’est la logique qui a présidé à la création de FairCrowdWork Watch, une plateforme dédiée aux travailleurs du digital pour les informer sur les conditions de travail très opaques au sein des plateformes numériques. Derrière l’initiative, IG Metall, le puissant syndicat allemand de la métallurgie, preuve que les syndicats traditionnels savent adapter leurs services aux problématiques modernes.

Selon la définition d’Antonio Casilli, auteur de Qu’est-ce que le « digital labour » ?, ce terme désigne « les activités numériques quotidiennes des usagers des plateformes sociales, d’objets connectés ou d’applications mobiles ». L’un de ses étendards, le Mechanical Turk du géant Amazon, où n’importe qui peut recruter pour quelques poignées de centimes une force de travail peu qualifiée pour effectuer des micro-tâches mécaniques, comme par exemple remplir des questionnaires en ligne.

En théorie, le digital labour créé de l’activité pour les populations qui sont écartées du marché de l’emploi : des travailleurs peu qualifiés et « interchangeables ». Cette extrême flexibilité n’a aucune contrepartie en termes de sécurité : les tâches sont mal payées, les conditions sur les délais de paiement opaques et les « digital workers » sont laissés à la merci des évaluations unilatérales du donneur d’ordre. Situation logique sur un marché où les travailleurs sont éclatés, ne disposent d’aucune représentation auprès de l’employeur et ont un pouvoir de négociation proche de zéro.

C’est à cette asymétrie d’information que s’attaque FairCrowdWork Watch, en proposant aux digital workers d’évaluer les « termes et conditions » qui tiennent lieu de contrat de travail du côté des plateformes. Les points majeurs à surveiller sont évoqués : délais de paiement et niveau de rémunération, pour l’essentiel, accompagnés de conseils juridiques et pratiques. Une plateforme contre les dérives des plateformes, donc, axée sur l’information et les services.

Reste qu’information et services, s’ils sont des outils précieux pour cette nouvelle forme de travailleurs, ne remplacent pas une représentation salariale en bonne et due forme, surtout dans un pays comme l’Allemagne où le taux de syndicalisation avoisine les 20% et où les syndicats sont parties prenantes de la gouvernance des entreprises.

IGM_logo-300

 

L’enjeu : au tour des syndicats français ?

IG Metall était le seul syndicat européen présent à New York, en novembre 2015, au forum sur le coopérativisme de plate-forme. De quoi donner des idées à leurs homologues, en France et en Europe, pour ne pas louper le train de ces plates-formes qui devraient se développer dans les prochaines années ?