Le Logo du site We are Up Le blog de la communauté Up

30 août 2016

Agir Autrement / Engagement responsable

Des solutions pour une intégration réussie des réfugiés

thotJennifer Leblond est la co-fondatrice de Thot, une école de français diplômante dédiée aux réfugiés et demandeurs d’asile lancée en 2016 à Paris et en Île-de-France. Entretien sur les originalités d’un programme qui tire vers le haut.

jennnifer leblond thot

Quelle a été la genèse du projet Thot ?

L’idée de Thot a commencé à germer après la fermeture en octobre 2015 de la Maison des Réfugiés qui avait été aménagée dans l’ancien lycée Jean Quarré à Paris la suite des grandes vagues de migration 2015. Pour Héloïse Nio et Judith Aquien, qui s’y étaient toutes deux investies en tant que bénévoles, il n’était pas possible d’en rester là. Elles avaient rencontré des gens de tous horizons, mais revenait constamment la question : « où puis-je apprendre le français ? ». Elles ont donc décidé de créer une école d’un genre particulier. En effet, il existe déjà beaucoup d’associations qui donnent des cours de français aux demandeurs d’asile et reposent entièrement sur l’engagement bénévole. Avec Thot, nous voulions mettre sur pied une dynamique de formation plus pérenne, avec des professeurs rémunérés pour leur travail, des salles de cours et des horaires fixes.

 

Quel est le programme ?

Concrètement, en 160 heures de cours à raison de dix heures par semaine, nos élèves apprennent le « français langue étrangère » (FLE) et passent à la fin le Diplôme d’Etude en Langue Française (DELF) reconnu internationalement. Les heures de cours sont dispensées en dehors des horaires d’ouverture des administrations publiques, ce qui est absolument essentiel pour ces gens dont la vie est souvent rythmée par les démarches administratives.

 

Avec quel financement ?

Le projet a été rendu possible par une campagne de financement participatif : nous avons levé 66 000 euros en 35 jours, grâce à 1 153 contributeurs. C’est ce qui nous a permis, dès la première promotion, d’ouvrir quatre classes en parallèle, où les élèves sont répartis en fonction de leur niveau de français.

 

Thot

Mais qui sont justement ces élèves ?

En premier lieu, nos élèves n’ont pour la plupart aucun diplôme. L’offre de formation n’existait pas. Pour tous ceux qui ont déjà suivi un cursus universitaire dans leur pays d’origine, les universités françaises proposent des formations adaptées. Nous, nous nous concentrons sur ceux qui doivent aussi apprendre à apprendre avec une pédagogie adaptée. Dans l’une de nos classes, la plupart des élèves ne savaient ni lire ni écrire, il y a encore un mois !

Il s’agit en grande majorité d’hommes, ce qui correspond à la réalité du terrain. Il faut savoir que pour les femmes seules et les familles, l’Etat a mis en place des procédures de prise en charge rapides, mais rien de tel pour les hommes seuls. Certains attendent une réponse concernant leur statut de réfugié, d’autres attendent encore un premier rendez-vous en préfecture.

Nous avons beaucoup d’Afghans et de Soudanais qui ont fui la guerre civile, un Syrien, un Libyen, quelques personnes venues du Tchad… Certains sont en France depuis des années, d’autres, quelques semaines, et ils ont entre 18 et 55 ans. Mais avant tout, ce sont des gens qui veulent construire leur vie ici et en ont assez de l’étiquette de « migrant » qui leur colle à la peau.

 

Que feront-ils une fois leur formation terminée ?

Le véritable enjeu, c’est de les aider à s’intégrer dans le tissu économique et social. L’apprentissage de la langue n’est qu’une première étape. Nous avons des bénévoles qui dispensent un suivi psychologique, indispensable. Il faut également accompagner les élèves dans leur insertion professionnelle, ou encore les aider à s’orienter dans les méandres administratifs… Un collectif d’artistes s’est même formé pour leur faire découvrir le français à travers l’art et la culture. Ces gens n’aspirent qu’à une chose : retrouver ou avoir une vie normale.

 

Pour en savoir plus sur Thot : http://thot-fle.fr/

 

Crédit photo : Thot, Fotolia, Jennifer Leblond

Par Thomas Delpech

Chargé de mission / Délégué Général de la Fondation du groupe Up