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15 décembre 2016

Agir Autrement / Coup de projecteur

Cultiver des liens avec ses lecteurs : une mission vitale pour la presse

presse

Les interactions entre les entreprises de presse et leurs lecteurs se renforcent. L’heure est à une co-production éditoriale et plus si affinités…

 

En novembre 2014, Nice-Matin passait en Société Coopérative d’Intérêt Collectif (SCIC) avec près de la moitié des 1 000 salariés qui s’engageaient financièrement dans la reprise. Ils n’ont pas été les seuls puisque 2 733 lecteurs ont donné 376 275 € sur le site de financement participatif Ulule, soit la plus importante collecte enregistrée dans la catégorie presse. La SCOP Alternatives Économiques a aussi récolté plus de 100 000 euros, en mars dernier, toujours sur Ulule, avec le soutien du groupe Up qui a également abondé.

Le financement participatif est l’occasion d’impliquer les lecteurs ou futurs lecteurs. Lors du lancement de Brief.me, une lettre d’information quotidienne, les 900 donateurs ont par exemple testé la présentation des informations, l’heure de parution, le choix des rubriques et leur appellation. De son côté, Nice-Matin organise des rencontres avec ses journalistes dans des cafés. Les opérations portes ouvertes se multiplient avec des lecteurs invités à participer à des conférences de rédaction en ligne ou à vérifier des données sur des enquêtes. Mais, si Ulule a permis de financer près de 600 projets éditoriaux en 6 ans pour un montant global de 4 millions d’euros de dons, la moyenne des collectes reste faible. Pas de quoi stabiliser les modèles économiques de la presse, toujours en manque de fonds propres.

 

QUEL MODÈLE DE FINANCEMENT PÉRENNE ?

La production éditoriale séduit peu les investisseurs. Le nouveau statut des « sociétés solidaires de presse », dit « amendement Charb », introduit en avril 2015 pour favoriser le pluralisme des titres de presse, permet dorénavant de recevoir des fonds de particuliers ou d’entreprises avec une réduction d’impôts de 50% contre 30% si l’entreprise n’a pas adopté ce statut qui implique de réinvestir ou de placer en réserve au moins 70% de ses bénéfices. Les « sociétés d’amis » ou « sociétés de lecteurs » sont désormais éligibles à ce dispositif. Mais, cela ne suffit toujours pas à assurer un modèle de financement pérenne.

médiacités

FONDS DE DOTATION ET INTÉRÊT GÉNÉRAL 

La consolidation financière peut aussi passer par les fondations, comme c’est le cas pour le groupe allemand Bertelsmann. Aux États-Unis, de plus en plus de fondations soutiennent les médias, notamment d’investigation comme ProPublica. La loi française de modernisation de l’économie d’août 2008 a introduit les fonds de dotation : un dispositif juridique, plus souple que la fondation. Aujourd’hui, 1 500 fonds de dotation existent et doivent impérativement soutenir une mission d’intérêt général… « Ce qui exclut les entreprises de presse considérées encore comme des activités marchandes », souligne Jacques Trentesaux, journaliste entrepreneur auteur de « Demain, des sociétés démocratiques de presse ? », une étude sur l’émergence des nouveaux modèles de presse écrite. Pour cet ex-rédacteur en chef de L’Express qui lance aujourd’hui Mediacités, un média d’investigation sur les jeux d’influence à l’œuvre dans les grandes métropoles, « la reconnaissance par les pouvoirs publics de la mission d’intérêt général de la presse permettrait de bloquer des fonds importants ». C’est ce qui a motivé l’économiste Julia Cagé à proposer de créer, pour le secteur de la presse, un statut à mi-chemin entre les fondations et les sociétés par actions, baptisé « fondaction » : stabilité du capital avec la fondation, associée à un capital variable où les « petits actionnaires » disposeraient proportionnellement de plus de pouvoirs que les « grands ».

jacques trentesaux

Pour en savoir plus : Demain, des sociétés démocratiques de presse? 

Crédit photo : Fotolia, jacques trentesaux, mediacites

Par Thomas Delpech

Chargé de mission / Délégué Général de la Fondation du groupe Up