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18 août 2016

Coup de projecteur / Engagement responsable

Action Enfance : La maison, l’expérience du «vivre ensemble»

En septembre 2015, le groupe Up mettait en place l’arrondi sur salaire auprès de ses salariés Français. Après un vote, 4 structures ont été sélectionnées pour bénéficier de ces dons. Un choix gagnant, puisqu’à ce jour, plus de 40% des salariés participent à l’opération (un record en France).

Ce mois-ci, découvrez Action Enfance et ses villages, qui permettent à des frères et sœurs victimes de maltraitance ou de négligence grave de vivre une enfance, ensemble.

 

action enfance

Depuis plus de 55 ans, Action Enfance protège l’enfance en danger en accueillant les enfants et les adolescents confiés par le juge des enfants. Accueillis en Village d’Enfants ou en Foyers, ils grandissent entourés de leurs frères et soeurs, dans un environnement de type familial.

Depuis août 2016, le 11e Village de la Fondation à Monts-sur-Guesnes, dans la Vienne, accueille 48 enfants dans de nouvelles maisons, à l’architecture repensée, fruit d’une réflexion entre les équipes d’Action Enfance et un cabinet d’architectes. Objectif : mieux tenir compte des contraintes des éducateurs familiaux et des enfants dans le quotidien partagé et renforcer le concept de la maison, au cœur de la mission de la Fondation depuis sa création.

 

Une proposition éducative

Suzanne Masson disait déjà : « Notre idée, c’est la maison. » Aujourd’hui encore, la maison d’un Village d’Enfants incarne l’accueil familial, au cœur du projet de la Fondation. « La maison porte l’intuition éducative de la Fondation, explique Marc Chabant, Directeur de l’action éducative et du développement à Action Enfance. Une maison à taille humaine pour vivre et permettre l’enfance. C’est ce qui est le moins institutionnel et le moins collectif : le quotidien peut alors s’y installer, y être partagé. Il s’agit bien de donner la possibilité aux enfants et aux adultes de vivre ensemble ce quotidien, pour permettre la rencontre, la relation. »

La progression du plus intime au moins intime – la chambre, individuelle et personnalisée, la maison à partager avec ses frères et sœurs, d’autres enfants et des adultes, puis le Village où l’on rencontre d’autres enfants et éducateurs de la Fondation et, enfin, l’extérieur du Village – symbolise le travail réalisé avec les enfants, qui consiste à se pencher sur les aspects personnels avant de les ouvrir sur l’extérieur, afin qu’ils deviennent autonomes.

action enfanceUn espace qui donne des repères

Car la maison est un moyen, l’action de la Fondation étant fondée sur l’humain. Les enfants peuvent y grandir, jour après jour, auprès des équipes éducatives, qui accompagnent chaque enfant dans ses besoins propres et qui ont la volonté de lui offrir une vie la plus proche de celle d’une famille ordinaire. « L’essentiel est que les maisons puissent être ces repaires où l’on va pouvoir donner des repères », souligne Bruno Giraud, architecte et administrateur de la Fondation, qui connaît bien l’histoire des Villages. Au fil des années, les Villages et leurs « maison-types » se sont modernisés, mais le but poursuivi est resté le même: offrir un lieu stable et chaleureux au sein duquel l’enfant va pouvoir se construire et se reconstruire dans le confort et la confiance.

« Nous demandons aux éducateurs d’entretenir la maison. Cela change leur rapport au lieu et leur rapport aux enfants. Prendre soin du lieu, c’est prendre soin de soi et des habitants de la maison. » Marc Chabant, Directeur de l’action éducative et du développement.

 

Des maisons repensées

Afin que cette vision demeure, malgré les évolutions de la société et les contraintes réglementaires et financières, la Fondation a entrepris de modéliser les maisons de ses Villages. Un vaste chantier qui a débuté avec la conception du Village de Monts-sur-Guesnes. « Concevoir des maisons adaptées à l’accueil de type familial fut une expérience au long cours, explique Patrice Debaque, architecte. Nous avons travaillé en creux : Action Enfance savait quel modèle de maison elle ne voulait pas. Par exemple, des maisons avec étage. Il fallait aussi penser aux équipes qui vivent et travaillent dans les maisons.

Éducateurs, chefs de service, directeurs d’établissement ont donc été consultés. De par leur expérience au quotidien du vivre avec, ils ont porté un regard critique sur notre projet. » Pendant six mois, le projet initial a évolué en tenant compte des expériences de chacun et des différents épisodes de vie quotidienne partagée à 7 ou 8 personnes. « En janvier 2015, nous avons abouti à un modèle qui cristallisait toutes les attentes », précise Patrice Debaque. Il sert aujourd’hui de référence à l’ensemble des maisons du Village de Monts-sur-Guesnes. Il sera dupliqué à Amilly (45), pour ajouter deux maisons mitoyennes au Village existant, ainsi qu’à Écuelles, en Seine-et-Marne. Le principe de cette nouvelle architecture : une maison de plain-pied avec, au centre, les parties communes (salon, salle à manger, cuisine) sur lesquelles donnent le lieu de vie et le bureau des éducateurs et, de part et d’autre, un espace avec trois chambres pour les plus grands faisant face à un espace de trois chambres pour les petits. Cette disposition est pensée pour que les éducateurs puissent avoir un regard circulaire sur ce qui se passe à l’intérieur de la maison.

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Une place pour chacun

Plus ergonomiques, ces maisons sont conçues comme un outil au service des professionnels, mais elles sont aussi adaptées aux enfants qui y habitent. « Nous devions intégrer l’adulte en préservant sa place, telle que l’entend Action Enfance : une présence pour être dans le cadre d’un accueil familial, sans confusion avec la famille, dans la juste proximité, ajoute Patrice Debaque. Une personne à qui la maison confère, dans sa disposition, la place d’une autorité bienveillante qui prend en même temps part à la vie de la maisonnée. »

Dans ce type de maison, les éducateurs sont soulagés de l’organisation et des gestes du quotidien qui peuvent altérer la relation avec l’enfant (allers-retours dans les étages, par exemple). Ils ont ainsi les moyens d’accomplir leur mission éducative tout en faisant de ces maisons un lieu de vie agréable pour tous, au sein duquel les enfants peuvent trouver un peu d’insouciance et d’intimité, indispensables à leur développement. « Notre modèle a fait naître la maison, et la maison permet de faire vivre notre modèle », conclut Bruno Giraud. Il fut le collaborateur de Jean Heckly, architecte qui conçut huit Villages de la Fondation

 

Transmettre les petits détails de la vie

« Dans un Village d’Action Enfance, la vie est rythmée par des temps forts : repas, ménage, courses, devoirs… C’est encadré, accueillant, rassurant…… Si on veut qu’un enfant mange des tomates, il suffit parfois de les préparer avec lui. La maison est un lieu formidable pour transmettre les petits détails de la vraie vie. » Vincent Succord, éducateur familial à Ballancourt-les-Vignes.

 

Témoignages

L’appropriation de sa chambre permet de mieux comprendre comment l’enfant vit le placement. Plus il s’installe, plus il nous dit qu’il s’adapte. Il est aidé par l’environnement et les lieux qui vont lui devenir familiers, mais aussi par les adultes qui l’entourent.

 

« Porter un regard permanent sur les enfants » Stéphane BOKSA, Directeur du Village de Cesson (77)

« Dans des MECS (Maison d’enfants à caractère social), c’est l’idée de groupe qui prévaut. Ils sont 18 enfants, parfois, à vivre dans de grandes maisons, encadrés par six éducateurs et deux veilleurs de nuit. C’est un modèle souvent proposé à de jeunes adolescents placés quelque temps, qui voient parfois leur famille, et qui, pour certains, sont appelés à y revivre. Les éducateurs des Villages d’Enfants sont dans le « vivre avec ». Ils ont les bons réflexes : ne pas rater l’heure de l’école, du goûter, de l’entraînement de judo… Le quotidien s’organise autour de ces moments de la journée. Les éducateurs préparent et prennent les repas avec les enfants.

C’est une vie classique de foyer familial, avec des moments d’échange. L ‘éducateur enrichit aussi sa pratique grâce aux respirations de sa vie privée. C’est indispensable pour pouvoir prendre du recul et porter un regard professionnel sur ces enfants qui arrivent avec des difficultés. Nous pouvons les aider à se construire dans le quotidien parce que les éducateurs apportent leurs propres références de vie personnelle qui offrent une variété riche et équilibrante aux enfants. Notre rôle est aussi d’aider ces enfants à partir. Si un jeune de 18 ans a envie d’aller voir ailleurs, on se rapproche de la normalité. C’est un vrai pari de l’éducation spécialisée, et c’est bien en vivant avec les enfants qu’on y parviendra. Dans un Village, les jeunes peuvent trouver cet élan, car ils sont accompagnés par ce regard bienveillant porté sur ce qu’ils sont, où ils en sont et ce qu’ils veulent faire… Nous sommes dans l’attention éducative. »

action enfance

 «Proposer des maisons évolutives » Kristina HELLHAECKE, architecte d’intérieur, cabinet Vazistas, à Bordeaux

« Action Enfance a lancé un appel d’offres pour l’architecture intérieure des huit maisons du futur Village de Monts-sur-Guesnes et de deux maisons mitoyennes à Amilly. Objectif : pallier le vide existant entre la livraison d’un nouveau Village et l’arrivée des enfants dans les maisons. En effet, en général, toute une partie de l’équipement et de la décoration manque. Les problématiques étaient les suivantes : comment aborder le fait qu’un enfant arrive à trois ans, en reparte à huit ans, laissant la place à un pré-adolescent de douze ans ? Comment faire pour que la chambre soit évolutive ? Nous avons proposé des solutions qui ne nécessitent pas un équipement lourd : des stickers dans les chambres qui peuvent se décoller au départ d’un enfant, mais aussi un système où l’on enrichit le mur des chambres de tasseaux sur lesquels les enfants peuvent installer des planches pour y faire des étagères, des caissons ou des tableaux magnétiques…

Par ailleurs, nous avons développé une charte chromatique pour chaque maison, avec une couleur plus intense dans les pièces communes. Dans les chambres, les couleurs sont plus légères, afin que l’enfant puisse les personnaliser plus facilement sans être heurté par une teinte qui ne lui convient pas. Enfin, nous proposons d’établir un catalogue avec des modules de mobilier variés et préfabriqués qui pourront être choisis par les enfants eux-mêmes, filles et garçons, pour équiper leur chambre, des plus petits aux plus grands. Spécialisés dans la petite enfance, nous avons l’habitude de lier l’aménagement à l’éducatif. Pour le séjour, nous nous sommes mis à la place de l’éducateur familial, à 17 h, un soir de semaine, avec six enfants de 3 à 15 ans. En imaginant leur quotidien, il nous a semblé judicieux de prévoir des détails peut-être un peu terre à terre, comme un canapé qui résiste aux chocs, peu de coussins pour éviter le désordre…. Pour l’éducateur, la maison est aussi un lieu de travail qui doit être fonctionnel. En même temps, nous avons gommé tous les aspects liés au collectif, pour rester dans une ambiance de maison familiale. »

 

« Chaque instant de vie ensemble est éducatif »  Marine BIONAZ, éducatrice familiale au village de Soissons (02)

 « La maison implique un quotidien partagé, et la maison Action Enfance entretient cette réalité. Auparavant, je travaillais dans des foyers d’accueil classiques où il y a une lingère, un cuisinier, des veilleurs de nuit… Ce n’est pas la vie que les enfants auront à la sortie de leur placement. La maison dans un Village d’Action Enfance est vraiment un outil éducatif dans le sens où les enfants vont participer à son aménagement, à son entretien, et vont la faire vivre. Nous sommes un petit groupe au sein de la maison (au maximum six enfants) et nous pouvons partager beaucoup de choses. Du petit-déjeuner à l’organisation des repas, du linge, en passant par la liste des courses faite ensemble, chaque instant de la vie quotidienne, aussi banal soit-il, est prétexte à être en relation avec les enfants.

Grâce à ces petits moments simples, ceux-ci peuvent s’exprimer et, pour nous, éducateurs familiaux, c’est de la matière que nous pouvons exploiter. Ils reprennent peu à peu confiance en eux. Lorsqu’un enfant commence à penser à l’aménagement de sa chambre, voire de la maison, nous voyons qu’il a franchi une étape vers un mieux-être. La maison est protectrice, c’est un refuge pour l’enfant. Ce n’est pas ma maison, mais un lieu de vie agréable. Les enfants savent que je viens ici pour travailler. J’y vis jour après jour, mais pas comme les enfants : c’est vraiment leur maison. Elle leur apporte une grande stabilité et des repères. »

 

Plus d’informations : http://www.actionenfance.org/

Crédit photo : Action Enfance